Le ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, à travers la Direction de la Famille, a organisé ce jeudi un atelier de renforcement des capacités consacré à l’inclusion des personnes handicapées et à la maîtrise du langage des signes. Cette rencontre a réuni des acteurs des secteurs de la sécurité, de la santé, de la justice et de la communication, aux niveaux central et local, en présence de la directrice de la Famille, Dr Rokhaya Diakhaté, représentant la ministre Marie Angélique Sarr Diouf, de Cheikh Saad Bouh Diouf, conseiller spécial du Président de la République chargé du handicap, de Mme Khady Ba, présidente de la Fédération sénégalaise des associations des personnes handicapées (FSAPH), ainsi que de la représentante d’ONU Femmes.
Organisé en partenariat avec ONU Femmes dans le cadre du projet Kaarangue , Appui à l’élimination des violences faites aux femmes et aux filles : une perspective d’autonomisation (2025-2031), l’atelier vise à améliorer l’accueil, l’orientation et la prise en charge des personnes handicapées, notamment des femmes et des filles victimes de violences basées sur le genre.
Les échanges se sont appuyés sur les données du RGPH-5 (2023) qui révèlent que le taux de prévalence du handicap est passé de 5,9 % en 2013 à 7,3 % en 2023, avec une proportion plus élevée chez les femmes (7,76 % contre 6,68 % chez les hommes). Les régions de Saint-Louis (9,7 %) et de Ziguinchor (9,8 %) enregistrent les taux les plus élevés.
Les participants ont également rappelé que les femmes handicapées sont particulièrement exposées aux violences. Selon Handicap International Suisse, 83 % des femmes handicapées subiront des violences au cours de leur vie, tandis que les personnes sourdes ou malentendantes restent confrontées à de nombreux obstacles liés à l’absence d’interprètes en langue des signes, au manque d’accessibilité des services publics et aux préjugés institutionnels.
Ouvrant officiellement les travaux au nom de la ministre de la Famille, Dr Rokhaya Diakhaté a salué l’appui d’ONU Femmes, d’Humanité & Inclusion et des différents partenaires. Elle a rappelé que cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de la Vision Sénégal 2050, qui place l’équité sociale, les droits des femmes et la protection des groupes vulnérables au cœur des politiques publiques.
Elle a souligné que le Sénégal dispose désormais d’un arsenal juridique renforcé, notamment la Loi d’orientation sociale de 2010, la loi criminalisant le viol et la pédophilie de 2020, ainsi que le protocole multisectoriel signé en juillet 2025 entre plusieurs ministères pour une prise en charge holistique des victimes de violences.
Pour la directrice de la Famille, l’inclusion ne constitue pas uniquement une obligation juridique mais « une question de dignité, de justice sociale et de respect des droits humains ». Elle a insisté sur le rôle essentiel du langage des signes dans l’accès des personnes sourdes aux services publics et souhaité que les participants repartent avec des compétences concrètes leur permettant d’assurer un accueil véritablement inclusif.
Le conseiller spécial du Président de la République chargé du handicap a salué une initiative qui traduit la volonté des autorités de bâtir une administration accessible à tous.
Selon lui, « la qualité d’une nation se mesure à la manière dont elle protège les plus vulnérables ». Il a rappelé les avancées réalisées par le Sénégal, notamment l’adoption du projet de loi de ratification du Traité de Marrakech, destiné à faciliter l’accès des personnes aveugles et malvoyantes aux œuvres publiées.
Il a insisté sur le fait que les lois doivent désormais se traduire dans les pratiques quotidiennes des administrations. Pour lui, « le langage des signes est le langage de la participation, de la citoyenneté, de la dignité et de l’égalité ». Il a appelé chaque institution publique à intégrer systématiquement la dimension du handicap dans ses politiques et son fonctionnement afin qu’aucun citoyen ne soit laissé de côté.
Prenant la parole au nom des organisations de personnes handicapées, Mme Khady Ba a salué l’organisation de cet atelier tout en plaidant pour des réformes plus profondes.
Elle a rappelé que les femmes handicapées subissent une double discrimination et restent confrontées à d’importantes difficultés lorsqu’elles souhaitent porter plainte ou accéder aux services de santé et de justice.
La présidente de la FSAPH a notamment demandé l’application effective de la Loi d’orientation sociale, la généralisation des interprètes en langue des signes dans les structures de prise en charge, ainsi que l’association systématique des organisations représentatives des personnes handicapées à l’élaboration et au suivi des politiques publiques, conformément au principe : « Rien sur nous sans nous ».
La représentante d’ONU Femmes a salué les efforts du gouvernement sénégalais en faveur de la protection des droits des personnes handicapées.
Elle a rappelé que les femmes et les filles handicapées demeurent particulièrement exposées aux violences et aux discriminations en raison des barrières de communication, du manque d’accès à l’information et des préjugés.
À travers le projet Kaarangue, ONU Femmes entend accompagner les efforts nationaux pour prévenir les violences basées sur le genre, renforcer les capacités des professionnels et promouvoir des services publics plus accessibles, inclusifs et respectueux des droits humains.
Au terme de cet atelier, les organisateurs espèrent que les acteurs des secteurs de la sécurité, de la santé, de la justice et de l’action sociale maîtriseront les bases du langage des signes, les principes des droits des personnes handicapées et les protocoles d’accueil multisectoriels, afin de garantir une prise en charge plus inclusive des victimes de violences et de contribuer à lever leur invisibilité sociale.
M. Diba
