La commune de Grand‑Yoff a organisé, ce mercredi 11 mars 2026, un grand rassemblement pour alerter l’opinion publique et interpeller les autorités gouvernementales sur plusieurs litiges fonciers, notamment la situation du Marché Bignona. La rencontre s’est tenue en présence du maire Madiop Diop, de l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall, ainsi que de nombreux habitants venus des quartiers de Arafat, Khar Yalla, Liberté 6 et d’autres zones de la commune.
Prenant la parole au nom des commerçants, Mme Correa Nicole a exprimé la profonde inquiétude des acteurs du marché face à la menace qui pèse sur cette infrastructure économique historique.
« Nous vous souhaitons la bienvenue et vous témoignons toute notre gratitude pour l’attention que vous portez à notre situation. Aujourd’hui, notre marché est menacé », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé que le marché Bignona, spécialisé dans la filière porcine, existe depuis les années 1960. À l’époque, il était installé à proximité de l’actuel site de l’Hôpital général de Grand-Yoff, dans une zone encore peu urbanisée. Selon elle, ce marché constitue aujourd’hui un véritable pôle économique et social.
« Il a permis la création de nombreux métiers : tripiers, bouchers, vendeurs de porcs sur pied, mais aussi des femmes transformatrices qui produisent notamment des saucisses. Plusieurs personnes diplômées se sont même reconverties dans ce commerce », a-t-elle expliqué.
Mme Nicole a également souligné que plus de 600 personnes tirent directement leur subsistance de cette activité, qui participe à la réduction du chômage et de la pauvreté. Elle a averti que la disparition du marché reviendrait à « anéantir toute une filière aux impacts socio-économiques incalculables ».
« Nous ne cherchons pas à troubler l’ordre public, mais nous ne pouvons pas rester silencieux face à cette injustice », a-t-elle ajouté, appelant les autorités à accompagner les acteurs du marché dans la recherche d’une solution durable.
En marge de ce rassemblement, le maire de Grand-Yoff, Madiop Diop, a d’abord remercié les journalistes présents avant d’expliquer les motivations de cette sortie publique. Selon lui, cette rencontre intervient après plusieurs correspondances adressées aux plus hautes autorités de l’État et s’inscrit dans le devoir d’information de la collectivité territoriale envers les populations.
« Aujourd’hui, notre territoire est menacé de toutes parts par des opérations de déguerpissement et des attributions foncières contestables, qui fragilisent aussi bien les équipements publics que les populations les plus vulnérables », a déclaré l’édile.
Le maire a également dénoncé la multiplication de titres fonciers et de baux attribués, selon lui, sans concertation avec la collectivité territoriale et parfois en violation des règles d’urbanisme et de domanialité publique.
Pour illustrer cette situation, la mairie a évoqué plusieurs cas précis. Le premier concerne l’emprise du service de l’état civil de la commune, où un particulier revendique une superficie de 88 m² pour y construire une boulangerie. Une telle initiative pourrait, selon la municipalité, porter atteinte au fonctionnement normal du service public.
Autre dossier sensible : celui du quartier Khar Yalla, où 22 familles vivent sous la menace d’une expulsion après la présentation d’un titre de propriété par un tiers au nom de son défunt père.
La municipalité a également évoqué la situation du stade municipal de Grand-Yoff, classé en zone d’équipement dans les documents d’urbanisme. Selon les autorités locales, une partie de cet espace aurait été cédée à des particuliers par la Société nationale des habitations à loyer modéré (SNHLM), tout comme certaines emprises de voiries et réseaux divers.
Face à ces différentes situations, la commune estime que les décisions foncières prises sans consultation préalable des collectivités locales alimentent un profond sentiment d’injustice au sein des populations.
La mairie de Grand-Yoff appelle ainsi les autorités compétentes à suspendre toute procédure d’attribution concernant les équipements publics et les zones d’habitation établies, à réaliser un audit technique et juridique des titres fonciers et baux situés dans la commune, et à associer systématiquement la collectivité territoriale aux décisions d’affectation ou de désaffectation du sol.
En conclusion, le maire Madiop Diop a réaffirmé la détermination de la commune à défendre les intérêts de ses habitants.
« Grand-Yoff n’est pas une terre sans maître. C’est une commune bâtie par l’effort collectif de ses habitants, où chaque rue, chaque marché et chaque école racontent l’histoire d’une communauté unie. La préserver, c’est respecter la loi, protéger les droits des citoyens et honorer l’idéal républicain », a-t-il conclu.
Moussa Diba.
