Dakarmidi – Chaque année, quand les échos du Bourd réveillent Tivaouane, une absence se fait sentir et en même temps une présence devient plus forte. C’est celle de Serigne Mansour Sy Borom Daradji.
Fils de Serigne Babacar Sy et petit-fils de El Hadji Malick Sy, il portait un nom lourd d’histoire et une mission encore plus lourde : entretenir la flamme. Au Gamou, il n’était pas un simple invité d’honneur. Il en était l’âme. Sa personnalité rayonnante et flamboyante donnait le tempo. On le voyait circuler, accueillir, écouter, recadrer avec sagesse. Et quand il prenait la parole, tout s’arrêtait.
Sa voix avait quelque chose de rare. Grave, posée, elle descendait comme un sorong au fond d’un puits et remontait pour remplir chaque recoin de la grande place. Elle portait les noms de Dieu, les éloges de Taha l’intercesseur PSL, et les cœurs partaient avec elle. Il animait le Gamou avec une ferveur qui ne jouait pas la comédie. On sentait l’amour, la maîtrise, et le respect de la tradition érigée par Cheikh Seydi Hadj Malick Sy RTA.
Par une chance inouïe, je faisais partie de ceux pour qui Borom Daradji nourrissait une grande affection. Il m’avait fait effectuer le pèlerinage à La Mecque, m’offrait de superbes vêtements et m’assistait avec une admirable générosité dans plusieurs circonstances. Il est présent dans le cœur des Sénégalais qui ont pleuré sa disparition. Éducateur chevronné, enseignant d’une envergure exceptionnelle et prédicateur hors norme, Borom Daradji faisait partie intégrante de ceux qui éclairaient d’une lueur incandescente le prestigieux sanctuaire de Tivaouane.
Serigne Mansour Sy Borom Daradji était un guide religieux exceptionnel à tous points de vue : incandescence spirituelle, générosité sans calcul, éloquence proverbiale, sans candeur naïve ni esprit isolationniste. Il accueillait avec son large sourire et des préceptes teintés de lumière que projetait son beau visage. Généreux, jovial et fin dialecticien, il demeure vivant dans le cœur de tous les disciples de la Tidjaniya au Sénégal.
Avec lui, le Gamou prenait une autre dimension. Il rappelait que célébrer le Mawlid, c’est d’abord se rappeler le modèle du Prophète PSL : la générosité, l’humilité, la constance. Il parlait aux jeunes, aux dahiras, aux pèlerins venus de loin. Il unissait.
Aujourd’hui la tribune est orpheline de son timbre. Mais Tivaouane n’oublie pas. Car les hommes comme Serigne Mansour Sy ne meurent pas vraiment. Ils deviennent des repères.
Qu’Allah SWT l’accueille dans Sa miséricorde, élève son degré auprès du Prophète PSL, et fasse de son souvenir une lumière qui continue de guider le Gamou, année après année.
Amine.
Doyen Majib Sène
