Dakarmidi – Le ministère de la Jeunesse et des Sports, dans un communiqué officiel, a instruit la Fédération sénégalaise de football de cesser de communiquer sur les couacs du Mondial auquel le Sénégal avait pris part, et ce jusqu’à nouvel ordre. La fédération, tenant ses prérogatives du ministère, est contrainte de baisser l’échine. Il n’en va pas de même pour le commun des mortels qui, lui, n’a pas la langue dans sa poche pour dire son ressenti, ses préoccupations et ses déceptions.
Car le football n’est plus un simple jeu. Il est devenu, au fil des années, une nouvelle religion à laquelle une part entière de l’humanité a adhéré, avec ses rites, ses prêtres, ses messes du dimanche et ses jours deuil national. Dans les quartiers de Dakar comme dans les villages de la Casamance, dans les cafés de Thiès comme dans les groupes WhatsApp, on décortique les choix tactiques, on juge les convocations, on pleure les occasions manquées avec la même ferveur que l’on commente une décision de justice.
Or, demander le silence en période de crise, c’est entretenir le soupçon. Le peuple, privé de réponses officielles, fabrique les siennes. Les réseaux s’enflamment, les rumeurs remplacent les comptes rendus, et la défiance s’installe là où la pédagogie aurait dû parler. Vouloir étouffer le débat ne protège pas l’institution, il l’isole.
Le sport, et particulièrement le football, vit de vérité et d’exigence. Il grandit dans la confrontation des idées, pas dans le mutisme administratif. Si l’on veut que la prochaine sortie du Sénégal sur la scène mondiale soit différente, il faudra moins de notes de service et plus de courage: celui de dire ce qui n’a pas marché, celui d’assumer, celui d’avancer.
Doyen Majib Sène
