Le métier de journaliste est un métier noble. Les véritables professionnels de l’information ont pour mission première de rechercher, vérifier et restituer les faits avec rigueur et responsabilité.
C’est à ce titre que la presse est souvent qualifiée de « quatrième pouvoir ». Ayant moi-même, après ma formation, servi dans un corps paramilitaire ainsi qu’au sein de l’administration pénitentiaire et des maisons d’arrêt et de correction, avant de choisir de vivre paisiblement en Europe avec ma famille, je voudrais simplement me mettre à la place de nombreux Sénégalais et vous poser quelques questions.
Votre rôle est-il de donner l’information ou de contribuer à la destruction de la réputation d’honnêtes citoyens ?
En matière de justice, un principe fondamental doit être rappelé : toute personne poursuivie ou détenue demeure présumée innocente tant qu’une décision de justice définitive n’a pas établi sa culpabilité.
Une personne détenue peut être placée sous différents régimes juridiques, notamment en détention provisoire ou après condamnation, selon les circonstances et les décisions de l’autorité judiciaire compétente. Mais dans tous les cas, nul ne peut se substituer au juge pour déclarer une personne coupable.
L’administration pénitentiaire a également, parmi ses missions, celle de favoriser la réinsertion sociale des personnes détenues afin qu’à leur sortie elles puissent retrouver leur place dans la société et, lorsque les conditions le permettent, reprendre une activité professionnelle.
Dès lors, je vous pose cette question : qui êtes-vous pour juger publiquement des personnes sur des plateaux de télévision, au moyen d’affirmations dont vous ne maîtrisez pas nécessairement tous les éléments ? Êtes-vous juges ? Êtes-vous procureurs ?
Le journaliste doit informer, enquêter, questionner et confronter les versions. Il ne doit pas condamner à la place de la justice. Je m’interroge également sur ces pratiques consistant à multiplier des plateaux spéciaux autour d’une personne ou d’une affaire, parfois au risque de porter durablement atteinte à son honneur et à sa réputation.
Le journalisme ne devrait jamais devenir un tribunal médiatique. Quant à l’expression de « journalistes alimentaires », je la pose ici comme une interrogation, non comme une accusation : l’indépendance éditoriale peut-elle réellement être garantie lorsque certains soupçonnent que les intérêts financiers ou les agendas personnels prennent le dessus sur la recherche de la vérité ?
Je vous invite simplement à vous interroger sur la portée de vos paroles. Derrière chaque personne dont l’image est exposée et parfois ternie publiquement, il y a une famille, des enfants, des proches, une histoire et une dignité.
Avant de condamner publiquement un homme, souvenez-vous qu’une erreur médiatique peut être corrigée en quelques minutes, alors qu’une réputation détruite peut mettre des années à se reconstruire.
Et surtout, n’oublions jamais que nous aurons tous, un jour, à rendre compte de nos paroles et de nos actes devant Allah SWT.
Le journaliste a un immense pouvoir : celui de révéler la vérité, mais aussi celui de blesser profondément lorsqu’il renonce à la prudence et à la rigueur.
Amadou Gueye Alkaty
Coordonnateur de la Coalition Natangué Askan Wi dans la diaspora
Ancien Paramilitaire
