Dakarmidi – Il y a des voix qui ne crient pas, mais qui portent loin. Celle de Mohamed Salem Ould Merzoug en fait partie.
Je l’ai découvert bien avant les salons de la diplomatie. Quand il dirigeait l’OMVS. À distance, je suivais ses activités professionnelles et littéraires. Et j’ai été saisi par la même chose que tout le monde finit par sentir : une incandescence intellectuelle et spirituelle rare.
Diriger l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal, c’est veiller. Veiller sur l’eau, sur des millions de vies, sur un équilibre entre 4 pays. Pas de projecteurs. Juste du sens des responsabilités. C’est là qu’on a compris qu’il n’était pas qu’un technocrate. C’était déjà un veilleur.
Aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Mauritaniens de l’extérieur, il a gardé cette même posture. À la tribune de l’ONU, lors du segment de haut niveau de la 77e Assemblée générale en septembre 2022, il n’est pas venu faire du bruit. Il est venu rappeler une idée simple : la diplomatie, c’est d’abord le sens de la mesure. Mesure dans les mots, mesure dans les ambitions, mesure dans le respect des autres.
Son titre dit sa boussole : les affaires du monde, oui. Mais aussi les liens avec l’Afrique, ce voisinage vital. Et surtout les Mauritaniens de l’extérieur, ces ponts vivants entre Nouakchott et le monde. Trois missions, une même ligne : faire exister la Mauritanie sans arrogance, la défendre sans agressivité.
C’est ça qui fait de lui un éveilleur de conscience. Dans un métier où beaucoup veulent être vus, lui choisit que son pays soit entendu. Dans un Sahel secoué par les vents, son style tranche. Pas de slogans. Plutôt la patience de celui qui sait que les frontières se gardent autant avec des accords qu’avec des égards.
Il négocie des traités le jour. Et ses écrits, son verbe, te font réfléchir le soir sur ce que ça veut dire « être humain ». Technocrate du fleuve, homme de lettres, diplomate du silence.
Et c’est peut-être là son plus bel héritage : nous rappeler que la grandeur d’un pays ne se mesure pas au volume de sa voix, mais à la hauteur de ses principes. Tant que des hommes comme lui porteront la Mauritanie, elle marchera la tête haute, sans jamais perdre son âme.
Doyen Majib Sène
