Dakarmidi – À Fass Delorme, le temple n’a pas de murs en or. Il a une voix. Et cette voix, c’est celle de Serigne Mansour Sy Djamil.
Gardien d’un héritage, il est d’abord l’héritier de trois lumières : Serigne Babacar Sy, premier Khalife général des Tidianes, Serigne Moustapha Sy Djamil, figure de piété et de science, et Mame Malick Sall de Louga. Mais il marche aussi sur les traces de son défunt père, Seydi Djamil, l’une des grandes figures de proue de la Tidjaniya au Sénégal. Un fils digne, qui n’a pas choisi la facilité de l’ombre.
L’une de ses particularités frappe d’emblée : c’est un immense intellectuel. Pour lui, la langue française n’a aucun secret. Formé dans les plus grandes écoles en France et en Angleterre, parlant plusieurs langues, il manie la dialectique et la rhétorique avec la même aisance qu’il récite le Coran. Pendant des années, il fut l’un des plus solides piliers de la banque islamique dont le siège est à Djeddah, en Arabie Saoudite. Un pont entre la finance éthique et la spiritualité, entre l’Occident et l’Orient, entre le livre et le monde.
Pourtant, le savoir ne l’a jamais enfermé. Généreux et solidaire, il répond présent à toutes les causes qui honorent le genre humain.
Lors de la Ziarra, devant des milliers de visages, il ne se contente pas de prêcher. Il enseigne à gouverner. « L’intelligence seule ne suffit pas ; l’expérience est une richesse inestimable ». Il appelle à écouter les anciens, à intégrer les savoirs endogènes, à bâtir avec le peuple.
Serigne Mansour Sy Djamil est de ces hommes rares qui réconcilient les contraires. Il parle aux savants comme aux talibés, aux politiques comme aux démunis. Dans un temps bruyant, il choisit la gravité. Dans un monde pressé, il rappelle la patience.
Gardien du temple de Fass, il garde surtout l’idée qu’un pays se tient debout quand ses élites ont l’humilité de servir.
Doyen Majib Sène
