Les récentes déclarations de Karim Wade et d’Amadou Ba, appelant tous deux à un sursaut national, à l’apaisement et au travail, marquent-elles un tournant dans l’attitude de l’opposition sénégalaise ? Leurs messages, axés sur l’unité et la responsabilité collective, contrastent avec l’image d’une opposition souvent divisée, plus encline aux diatribes virulentes qu’à la construction d’un véritable projet alternatif. Si cette prise de conscience se confirme, ce serait une avancée majeure pour la démocratie sénégalaise, qui a besoin d’une opposition engagée, patriote et porteuse d’idées pour le développement du pays.
Jusqu’à présent, l’opposition sénégalaise a été critiquée pour son manque de cohérence et de constance dans son rôle de contre-pouvoir. Trop souvent, elle s’est enfermée dans des querelles internes ou dans une posture systématiquement contestataire, sans véritablement proposer d’alternatives viables. Ce déficit de vision et de structuration a contribué à affaiblir le débat démocratique, laissant le champ libre à un exécutif parfois accusé de dérives autoritaires.
Le Sénégal fait pourtant face à des défis majeurs qui nécessitent une opposition forte et crédible. La question de la dette publique abyssale en est un exemple frappant : selon le dernier rapport de la Cour des comptes, la dette du Sénégal dépasse aujourd’hui 18 558,91 milliards de francs CFA, représentant plus de 99,67 % du PIB, sans compter une fameuse dette cachée de 4 161 milliards révélée récemment par le FMI. Cette dernière ferait grimper le taux d’endettement à 114 %, plaçant le Sénégal parmi les pays les plus endettés du continent. Une telle situation compromet gravement les marges de manœuvre du pays pour investir dans les infrastructures, l’éducation et la santé. Qui portera la voix des citoyens face à cette problématique, si ce n’est une opposition responsable et proactive ?
Le pillage des ressources naturelles est un autre enjeu crucial. Le Sénégal dispose d’immenses richesses, notamment dans le pétrole, le gaz et la pêche. Toutefois, des interrogations persistent quant à la gestion équitable de ces ressources. L’opposition a un rôle clé à jouer pour exiger la transparence et s’assurer que ces richesses bénéficient avant tout aux Sénégalais.
De même, le secteur de la pêche est menacé par une surexploitation. Les futurs contrats doivent empêcher les flottes étrangères de perpétuer leurs pratiques destructrices, qui mettent en péril les moyens de subsistance de milliers de pêcheurs locaux. Une opposition soucieuse des intérêts nationaux devrait être en première ligne pour défendre une gestion plus équitable de ces ressources.
L’élection présidentielle de 2024 a été marquée par des violences inédites, causant plusieurs morts et des centaines d’arrestations. Ces affrontements ont mis en lumière les tensions profondes qui traversent le pays et l’urgence de réformer le processus électoral pour éviter que de tels drames ne se reproduisent. Plutôt que de se limiter à la dénonciation, une opposition patriotique et engagée doit proposer des réformes pour garantir des élections transparentes et apaisées. Cela passe par une meilleure organisation de la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA), un accès équitable aux médias pour tous les candidats et des institutions judiciaires réellement indépendantes.
La corruption est un fléau qui mine le développement du Sénégal. Les scandales financiers, les détournements de fonds publics et les pratiques de favoritisme sapent la confiance des citoyens envers leurs institutions et entravent la réalisation des projets de développement. L’opposition doit jouer un rôle de vigie en dénonçant les cas de corruption, en exigeant la transparence dans la gestion des finances publiques et en proposant des mécanismes de contrôle efficaces.
La reddition des comptes est également essentielle pour garantir une bonne gouvernance. Les citoyens ont le droit de savoir comment leurs impôts sont utilisés et de demander des comptes aux responsables publics. L’opposition doit se battre pour que les institutions de contrôle soient indépendantes et dotées des moyens nécessaires pour mener à bien leurs missions.
Dans leurs récentes déclarations, Amadou Ba et Karim Wade, bien que issus de parcours politiques différents, convergent vers un même objectif : l’intérêt supérieur de la nation. Ils témoignent d’une prise de conscience de la gravité de la situation et de la nécessité d’une mobilisation de toutes les forces vives du pays.
Ce message est un signal positif, mais il ne doit pas rester un simple discours. Pour que l’opposition joue pleinement son rôle, elle doit dépasser les clivages et travailler à la construction d’un projet national ambitieux. Il ne suffit pas de dénoncer les dérives du pouvoir : il faut proposer des solutions, défendre l’intérêt général et s’impliquer activement dans la gestion des affaires publiques. Au-delà des discours, elle doit s’ancrer sur le terrain, former ses militants, faire émerger de nouveaux leaders et s’allier à la société civile pour bâtir un front uni.
Le Sénégal ne peut se permettre une opposition passive ou purement contestataire. Il lui faut des leaders capables d’impulser de vraies idées de développement et de lutter contre toutes les formes d’injustice. L’appel au sursaut national est un premier pas. Reste à savoir s’il sera suivi d’actions concrètes.
Abdoulaye DIENG
Entrepreneur