Afrique centrale Un homme présentant des symptômes de la fièvre hémorragique est décédé jeudi à Beni. Il s’agit du premier cas d’Ebola détecté en 52 jours alors que la fin de l’épidémie devait être annoncée lundi.
Les compteurs sont remis à zéro: la République démocratique du Congo va devoir encore attendre au moins 42 jours avant de proclamer la fin de l’épidémie d’Ebola qu’elle espérait pour lundi, en raison d’un nouveau cas déclaré vendredi, à trois jours de l’échéance.
Le compte-à-rebours a été interrompu avec l’annonce de la mort jeudi d’un homme de 26 ans dans le territoire de Beni, l’un des épicentres de l’épidémie de fièvre hémorragique qui a tué 2273 personnes depuis sa déclaration le 1er août 2018 dans l’est du pays.
«J’ai convoqué une réunion du comité d’urgence sur l’épidémie d’Ebola en RDC. Après 52 jours sans aucun cas, les équipes de surveillance et de réponse sur le terrain ont confirmé un nouveau cas», a indiqué sur Twitter le directeur de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus. «Malheureusement, cela signifie que le gouvernement de la RDC ne pourra pas déclarer la fin de l’épidémie d’Ebola lundi, comme on l’espérait», a-t-il ajouté.
Today I convened a meeting of the Emergency Committee on #Ebola in #DRC. After 52 days without a case, surveillance & response teams on the ground have confirmed a new case. We have been preparing for and expecting more cases.
— Tedros Adhanom Ghebreyesus (@DrTedros) April 10, 2020
Un comité d’urgence «s’est réuni aujourd’hui par téléconférence pour déterminer si l’épidémie constituait toujours une urgence de santé publique de portée internationale», a également précisé l’OMS.
Touchée par le coronavirus depuis le 10 mars, la RDC avait commencé à décompter les jours début mars sur le front de l’autre épidémie, avec l’absence de nouveaux cas puis la sortie de la dernière patiente d’un Centre de traitement d’Ebola (CTE).
«Repartir pour 42 jours»
«Nous devons juste repartir pour 42 jours», a déclaré depuis Genève le directeur des urgences de l’OMS Michael Ryan. En effet, l’OMS considère qu’il faut attendre deux fois le temps de l’incubation du virus (21 jours au maximum) sans nouveaux cas pour proclamer la fin d’une épidémie d’Ebola.
La nouvelle victime serait décédée jeudi dans le territoire de Beni. «Les informations préliminaires montrent qu’il s’agit d’un homme de 26 ans», a indiqué l’équipe congolaise du comité de la riposte à l’épidémie dans un communiqué. «Nos équipes, en collaboration avec l’OMS, sont déjà sur le terrain pour approfondir les investigations et mettre en place les actions de santé publique», ajoute ce communiqué.
Mode de contamination, durée des symptômes, nombre de contacts, décès «communautaire» parmi ses proches ou à l’hôpital, enterrement sécurisé ou non: de nombreuses questions épidémiologiques restent officiellement en suspens autour des circonstances de contamination de ce nouveau cas.
Le territoire de Beni compte également au moins un cas de nouveau coronavirus, sur les 215 officiellement déclarés en RDC depuis le 10 mars, pour 20 décès.
Rebond d’Ebola
Le rebond d’Ebola à Beni est «peut-être» une leçon pour le Covid-19, a avancé le directeur des urgences de l’OMS: «Il n’y a pas de stratégie de sortie jusqu’à ce que vous ne contrôliez la situation. Vous devez toujours être prêt à faire marche arrière et à repartir».
Avec 2273 décès, la dixième épidémie d’Ebola sur le sol congolais est la deuxième la plus grave depuis l’identification du virus de la fièvre hémorragique en 1976. L’épidémie a été déclarée urgence sanitaire de portée internationale en juillet dernier par l’OMS, qui redoutait sa propagation aux pays voisins (Rwanda et Ouganda).
Plus de 320’000 personnes ont reçu des doses de deux vaccins anti-Ebola utilisés à titre expérimental.
Le travail des équipes de prise en charge a été compliquée par la violence des groupes armés présents dans cette partie du Nord-Kivu. Plusieurs personnels soignants ont été tués, dont un médecin camerounais de l’OMS il y a un an. (ats/nxp)