« La mauvaise monnaie chasse la bonne », affirmait le financier anglais, Thomas Gresham.
Deux (02) milliards de francs CFA, c’est cette vertigineuse somme de faux billets que la Section de recherches de la gendarmerie de Keur Massar aurait saisie, un chiffre astronomique qui fait froid dans le dos.
Des faux billets ! Le Sénégal renoue ainsi avec ce fléau qui devient de plus en plus récurrent sous nos cieux. Nous devons avoir peur si aujourd’hui il existe d’autres canaux parallèles, outre que la Banque centrale, qui injectent de la liquidité dans le circuit de l’économie nationale. Oui, la pratique de fabrication de faux billets est aussi vieille que le monde, mais le fléau a atteint, ces derniers temps, des proportions qui frisent, quelquefois, l’inconscience et l’insouciance. La falsification et l’altération de signes monétaire ayant cours légal sur le territoire national sont devenues si courantes au point que nous perdions l’attention.
Dans la zone de l’Union Économique Monétaire Ouest Africaine (Uemoa), la politique monétaire est sous la gouvernance de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, seule institution habilitée à émettre de la masse monétaire dans les huit États de l’union (Burkina Faso, Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, et Togo) y compris le Sénégal. Toute quantité de monnaies mises en circulation doit être mesurée.
Conséquences :
L’injection frauduleuse d’autres volumes monétaire, hors du circuit normal, porte préjudice à l’établissement réel du Tableau des opérations financières de l’État (Tofe) qui, rappelons-le, constitue un document statistique retraçant toutes les ressources et tous les emplois de l’État en termes financiers pendant une période donnée.
La menace est d’autant plus grande quand on ignore, aujourd’hui, la quantité exacte de billets de banque illégalement mise en circulation dans nos économies.
Le faux monnayage peut être également causé L’INFLATION pour nos économies si l’on se réfère à la théorie quantitative de la monnaie de Milton Friedman. Il soutient que c’est l’accroissement de la masse monétaire (quantité de monnaie mise en circulation dans une économie par une institution émettrice) qui est la cause unique de la hausse des prix. En d’autres termes, il perçoit l’inflation comme un phénomène monétaire dans la mesure où elle résulte d’une hausse de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production des biens et services.
L’autre conséquence liée au faux monnayage, c’est la perte de confiance sur laquelle repose essentiellement l’usage monétaire. La propension à voir circuler plus de fausses monnaies dans l’économie installe la panique, la suspicion et la méfiance au sein des agents économiques qui utilisent la monnaie comme l’instrument d’échange de prédilection. À une échelle plus globale, la falsification de la monnaie ne fait que contribuer à polluer l’environnement des affaires du pays et à rendre notre système financier plus vulnérable.
Il est plus que jamais urgent d’agir pour juguler ce fléau qui risque de déstabiliser tout le système économique et financier.
Mes recommandations :
1. Appliquer dans toute sa rigueur la loi uniforme relative à la répression du faux monnayage et des autres atteintes aux signes monétaires dans les États membres de l’Umoa, adoptée par le Conseil des ministres de l’Umoa, les 24 et 25 juin 2016 à Lomé.
2. Renforcer les actions de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) et celles du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), afin de barrer la route à ces faussaires de billets de banques, nocifs à notre économie.
Babacar GAYE
Économiste