Le tourisme au Sénégal, bien que toujours essentiel pour l’économie nationale, doit relever le défi de la durabilité et de la diversification pour se repositionner face à la concurrence internationale et, surtout, ouvrir de nouvelles perspectives de croissance pour le Sénégal. L’approche de tourisme alternatif, articulée autour de l’écotourisme, du tourisme culturel, du tourisme gérontologique et médical, ainsi que des innovations portées par la Grande Côte, semble prometteuse pour assurer un développement équilibré et inclusif.
En effet, ce secteur du tourisme au Sénégal représente un pilier essentiel de l’économie nationale, se positionnant juste après la pêche. Le tourisme et la pêche sont effectivement deux secteurs clés de l’économie sénégalaise, chacun contribuant de manière significative au produit intérieur brut (PIB) du pays.
Les chiffres parlent d’eux-même:
1 – concernant le tourisme : en 2019, le secteur touristique représentait environ 7 % du PIB du Sénégal, générant des recettes estimées à près de 500 milliards de francs CFA (environ 833,3 millions USD). Le gouvernement sénégalais ambitionne d’augmenter cette contribution à 10 % du PIB.
2 – Comparativement, la pêche qui occupe une importante de la population laborieuse du pays contribue à hauteur de 3,2 % du PIB sénégalais. Ce secteur représente environ 20,87 % des exportations nationales, avec des recettes d’exportation s’élevant à 194,61 milliards de francs CFA. La pêche emploie directement environ 53 000 personnes et indirectement plus de 600 000, soit environ 15 % de la population active du pays.
Depuis les indépendances, le tourisme balnéaire, perçu comme un facteur de développement, s’est imposé avec une croissance significative, notamment avec l’arrivée massive de touristes internationaux. Cependant, ces dernières années, ce secteur connaît des défis importants liés à la concurrence accrue et à la réputation déclinante de certaines stations balnéaires comme Saly Portudal. Pour répondre à ces enjeux, les autorités sénégalaises explorent de nouvelles formes de tourisme alternatif.
Par ailleurs, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a récemment exprimé sa volonté de réorienter la politique touristique pour tirer pleinement parti des atouts nationaux, notamment en diversifiant l’offre et en misant sur l’innovation touristique pour faire du Sénégal une destination incontournable.
1. Genèse et développement du tourisme au Sénégal
Amirou (1995) aborde la dimension imaginaire et sociale du voyage en soulignant l’importance du tourisme dans la construction identitaire locale. Dès les années 1960, avec l’essor des stations balnéaires comme la Petite Côte, le tourisme est perçu comme une opportunité économique. Selon Corbin (1988), ce désir de rivage traduit une fascination occidentale pour les espaces littoraux, qui s’inscrit dans un mouvement global de quête de dépaysement.
2. Les défis du tourisme de masse
Le développement rapide du tourisme de masse a engendré des problématiques socio-économiques et environnementales. Dehoorne et Diagne (2008) pointent les enjeux politiques liés à l’urbanisation côtière, tandis que Faye (2005) critique l’impact de la paupérisation induite par le tourisme de masse. La problématique de la dégradation de l’image de Saly Portudal en est une illustration récente.
3. Vers une diversification touristique
Pour répondre aux dérives du tourisme balnéaire, le Sénégal mise sur des formes alternatives, telles que l’écotourisme et le tourisme culturel. Lozato-Giotart (2006) souligne l’importance d’un tourisme durable pour préserver les ressources naturelles, tandis que Diombéra (2010) préconise une gestion territoriale intégrée.
4. Tourisme gérontologique et médical : un marché en pleine expansion
L’augmentation de l’espérance de vie en Occident génère une explosion du marché de la vieillesse, créant de nouvelles opportunités économiques pour des destinations offrant des infrastructures adaptées et un climat favorable, comme le Sénégal. Le tourisme gérontologique et médical constitue un segment en pleine croissance, avec un potentiel extrêmement juteux si l’on y investit de manière stratégique.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), d’ici 2050, plus de 20 % de la population mondiale sera âgée de 60 ans ou plus, avec une forte concentration en Europe et en Amérique du Nord. Ce phénomène démographique crée une demande croissante pour des séjours de longue durée dans des pays au climat clément et aux soins médicaux abordables. Des pays comme la Thaïlande, le Costa Rica et l’Inde ont déjà saisi cette opportunité, attirant chaque année des millions de retraités.
Le Sénégal dispose d’atouts majeurs : des infrastructures de santé modernes dans les grands centres urbains (Dakar, Thiès), une tradition d’hospitalité reconnue et un coût de vie bien inférieur à celui des pays occidentaux. Investir dans des résidences médicalisées, des services de soins spécialisés (gériatrie, rééducation), et des offres de séjour longue durée pourrait positionner le Sénégal comme une destination phare du tourisme médical en Afrique de l’Ouest.
5. La Grande Côte : un levier d’innovation touristique
La Grande Côte, avec ses vastes étendues littorales et sa proximité avec Dakar, représente un espace stratégique pour l’innovation touristique. Doudou Gnagna Diop, président du conseil d’administration (PCA) de la Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO), a exprimé sa volonté de faire du tourisme un levier de croissance en intégrant des concepts novateurs. Lors de son installation en août 2024, il a déclaré :
« Le Sénégal dispose de tous les atouts pour devenir une destination touristique incontournable : des paysages variés, une richesse culturelle unique et une population accueillante. Mais cela nécessite une gestion rigoureuse et des investissements stratégiques. » Il met également l’accent sur la diversification de l’offre touristique, notamment en promouvant le tourisme religieux. En septembre 2024, lors de la Journée mondiale du tourisme célébrée à Thiénaba, il a souligné l’importance de valoriser les destinations à fort potentiel religieux pour attirer davantage de visiteurs.
Par ailleurs, Doudou Gnagna Diop a plaidé pour la requalification des sites touristiques, notamment la station balnéaire de Saly, afin de mieux promouvoir ces destinations. Il a appelé à une requalification d’urgence pour redonner à Saly son éclat d’antan tout en insistant sur une nouvelle exploration de l’autre tourisme qui mettrait la Grande Côte sur la table à dessin des investisseurs.
Ces déclarations reflètent sa vision d’un tourisme sénégalais repensé, misant sur l’innovation et la diversification pour stimuler la croissance économique du pays.
Parmi les projets phares qu’il couve figure le Centre Touristique de Liaison et de Transfert (CTLT), conçu pour devenir un hub de services touristiques et médicaux de nouvelle génération. Ce centre, fruit de la coopération québéco-canadienne et de la volonté de la Présidence de lla SAPCO, vise à offrir une plateforme d’échanges culturels, de soins de santé spécialisés et de séjours de convalescence. Grâce à ses infrastructures modernes, le CTLT sera un espace d’accueil pour les seniors et les voyageurs internationaux, favorisant ainsi un tourisme de bien-être et médical tout en s’inscrivant dans une dynamique d’innovation régionale (lieu de fertilisation croisée dans une approche living lab.
La Grande Côte présente des avantages compétitifs indéniables : un accès facile depuis la capitale, un climat doux tout au long de l’année et un potentiel d’investissement pour des projets intégrant des résidences de long séjour et des services médicaux spécialisés. Avec une vision claire et un soutien institutionnel fort, cette zone pourrait devenir un modèle de développement touristique innovant et durable.
Dr. Moussa SARR, Post-Doc, Ph.D., M.ST. Com, M.A Com, DUT RP CI
Président Directeur Général et chercheur principal
Lachine Lab – l’Auberge Numérique.
Conseiller scientifique de Doudou Gnagna Diop P.C.A SAPCO SENEGAL et membre du comité spécialisé de réflexion sur les modalités de développement de l’innovation touristique sur la Grande Côte.