Le landerneau médiatique sénégalais regorge de prestigieuses célébrités parmi lesquelles Adama Cissokho. Belle, élégante, avec une voix douce comme du miel fraîchement récolté, elle volait la vedette à ses consœurs qui pourtant ne manquaient ni d’allant ni d’alacrité. Sa présence à l’écran ravissait l’imagination de ceux qui la regardaient avec une certaine délectation, ravivée par sa belle tenue et sa prestance. Puis ce fut un séjour au Mali et une présence fabuleuse à la télévision où elle fut positionnée reine du journal télévisé. La jalousie se transforma en haine et son chemin fut tapissé de peaux de banane.
Mais Adama n’était pas femme à glisser. Elle a appris tôt que la lumière attire autant qu’elle brûle. Chaque rumeur lancée dans les couloirs, chaque regard de travers dans les régies, elle les a transformés en carburant. Au lieu de se recroqueviller, elle a redressé les épaules, lissé le pagne, et parlé encore plus bas, encore plus juste. Sa voix, ce velours qui berçait les foyers à l’heure du JT, est devenue une encre.
Au Mali comme à Dakar, on retenait moins la polémique que la manière : une diction sans précipitation, un sourire qui n’excluait personne, une rigueur qui forçait le respect même de ses détracteurs. On lui tendait des pièges, elle répondait par du travail. Des dossiers. Des interviews où elle laissait l’autre parler, sans interrompre, avec cette élégance qui désarme.
Le destin parfois cruel l’entraîna dans les sentiers perfides de la maladie qui n’épargna guère sa fratrie. Mais résiliente et croyante, accrochée aux basques de Khalifa Ababacar Sy, RTA Le Diamant Noir, elle lutte à sa manière contre les fléaux que sécrète son destin cruel. Avec les années, les peaux de banane se sont fanées. La haine, elle, s’est essoufflée. Et ce qui est resté, c’est l’image d’une femme qui a tenu. Aujourd’hui encore, quand une jeune journaliste hésite devant la caméra, on lui dit : « regarde Adama, regarde comment elle pose sa voix, comment elle porte le boubou et l’info en même temps ».
Reine sans couronne, mais reine quand même. Parce que dans ce métier d’éphémère, elle a choisi la constance. Et la constance, au Sénégal, finit toujours par faire école.
Au-delà de l’écran et des boubous impeccables, ce qu’on retient d’Adama Cissokho, c’est son incandescence intellectuelle. Une lumière calme, qui n’éblouit pas mais éclaire. Dans chaque interview, dans chaque dossier, elle posait les bonnes questions sans bruit, avec cette rigueur qui force le respect.
On retiendra aussi sa générosité discrète. Celle qui ne s’affiche pas, qui tend la main dans les coulisses, qui prend le temps de conseiller la petite nouvelle tremblante avant le direct, sans jamais demander de retour.
Et surtout, son sens très prononcé de la fraternité humaine. Ni frontières, ni clans, ni jalousies. Au Mali comme à Dakar, elle traitait chacun avec la même dignité, la même écoute.
Reine sans couronne, oui. Mais surtout femme de constance, d’esprit et de cœur. Et c’est cela qui, longtemps après les JT, continue de faire école.
Pensées affectueuses,
Doyen Majib Sène
