L’homme sénégalais entre passé et présent (Par Cissé Kane Ndao)

Dakarmidi – Henry Wallace Vice Président des USA farouche opposant à l’impérialisme parlant de l’avénement d’un nouvel ordre mondial après la deuxième guerre mondiale déclarait :  » Ce siècle est celui de l’homme ordinaire ».
Il se fit tellement d’ennemis suprématistes qu’il fut évincé de la Présidence des USA qui lui tendait les bras.
Ceux qui admiraient et soutenaient cet homme presqu’aussi populaire que Roosevelt n’ont rien pu faire. Il a été écarté au profit de Truman, terne sénateur dont la seule qualité était de ne pas avoir d’ennemis…

Notre époque actuelle au Sénégal est celle de l’homme sénégalais ordinaire, aussi.
Soyez charismatique. Soyez populaire. Soyez visionnaire. Soyez un leader. Le sénégalais lamda s’en fout.
Comme il s’essuie avec les principes sacro-saints de la bonne gouvernance. De la probité morale. Et de la démocratie.
Soyez rusés. Soyez fourbes. Soyez malhonnêtes. Soyez un démagogue. Vous serez fêtés comme un héros. Surtout si vous êtes riches de milliards dont on se moque éperduement de l’origine…

Vous serez blanchis, vous serez honorés, vous serez adulés, vous serez admirés, vous serez élus, vous serez plebiscités ! Vous n’aurez en effet aucun ennemi.
Faites preuve alors d’une obséquieuse magnanimité et d’une générosité ostentatoire, vous serez sanctifiés et votre nom inscrite en lettres d’or au panthéon des héros de notre temps.
Jusqu’au jour oú le vent, par un de ces malheureux coups du sort dont seul Dieu détient le secret commence à tourner, et que les hyènes faméliques de votre début de règne devenues dodues et grasses à force de s’empiffrer des restes de votre festin léonin vous plantent un coup de Jarnac…
Vous constatez alors avec un air aussi faussement surpris qu’ému que vous n’êtes qu’un pauvre homme ordinaire semblable à tous ses ex courtisans, en tous points par ailleurs.
Ce que nous haïssons en ceux qui nous dirigent est profondément ancré en nous aussi.
La seule différence avec eux est la place oú ils sont et que nous n’avons pas encore occupée.

Mais ferions-nous mieux, ou aurions-nous fait pire si nous étions au pouvoir ?
That’s the question !
Nous avons une société ankylosée, tenue en étau entre le désir de modernité et notre attachement aux us et coutumes surannés, dont les plus en cours sont hélàs la pire face de notre culture.

Nous ne croyons pas en les vertus ennoblissantes du travail que pourtant Khadimou Rassoul nous enseignera durant tout son séjour parmi nous. Nous n’avons que faire de l’honneur et de la vertu sans lesquels toute société est vouée à la déchéance. Nous sommes une société de l’oisiveté, de la luxure, du vice oú le paraitre et le goût immodéré pour la belle vie autorisent, justifient et excusent toutes les bassesses et autres crimes économiques.

Les marabouts reçoivent les riches dans leurs appartements privés. Avec tous les égards. Et en grande pompe. Les griots leur taillent sur mesure une extraction sociale de haute lignée inventée de toutes pièces et s’autorisent par là un racket sans fin sur eux. Ils sont courus par tout le monde. Tel un thonier harcelé par les mouettes !
Depuis le Maïmouna d’Abdoulaye Sadji jusqu’au Revenant d’Aminata Sow Fall, rien de nouveau sous le soleil du Sénégal.

Nous sommes si fourbes si pleutres que nous cachons à nous-mêmes nos hérauts qui nous ont montré la voie de l’intégrité morale, de la citoyenneté militante et du refus de la compromission sociale, Sembène Ousmane, Cheikh Anta Diop et j’en passe.
Ne soyons pas alors sidérés d’en être toujours à la mode du Vieux nègre et la médaille.
Mais en pire. Nous ne pouvons même pas agiter l’excuse de la vieillesse, en effet.
Nous sommes tristement ordinaires.