Des insultes publiques et de leur poursuite (Par Lat Soucabé Mbow)

Dakarmidi – L’insulte et le juron servent généralement d’exutoire aux personnes contrariées qui ne savent pas contenir leur frustration après un échec. Les expressions utilisées pour extérioser cette exaspération sont nombreuses et varient selon les cultures et les milieux sociaux. Dans les oeuvres de Molière, les personnages pris par un accès de colère tonnent « Diable !’ou « Diantre ! » qui reviennent au même. Dans les bandes dessinées à l’usage d’un public écclectique, les grots mots ne dépassent pas ce que tolère la bienséance. Au Sénégal, on a tendance à se lâcher carrément en nommant les parties intimes des parents de la personne insultée, l’usage qui en est fait dans des rapports intimes, les sécrétions organiques qui en sortent à la suite du métabolisme dans le corps, etc.

Il est difficile de comprendre les ressorts de cette violence verbale qui n’est plus confinée dans les limites de la vie privée mais polluent de plus en plus l’espace public. Cette incivilité est-elle l’écho d’un mal-être collectif ? Est-elle liée à un tempérament particulièrement volcanique qui rencontre dans les réseaux sociaux un moyen d’amplification ? S’agit d’une faillite de la société dans son oeuvre d’éducation ?

Plus grave encore, la célèbre chanteuse et la dame de Mbour qui viennent de se distinguer par les propos on ne peut plus excessifs à l’encontre du Président de la République et des wolofs rencontrent dans l’opinion des soutiens qui trouvent des circonstances atténuantes à leurs dérapages verbaux. Comme si les destinataires de ces insultes n’ont pas droit au respect, et, comme si l’appartenance à une corporation (celle des artistes) ou de membre d’une ethnie, d’un groupe politique ou d’une confrérie doit conférer une immunité sociale permettant d’attenter à la dignité ou à l’honneur des autres impunément.

La justice devant laquelle, elles ont à répondre de leurs excès ne saurait faire passer par pertes et profits ces comportements en dépit du repentir tardif de leurs auteures. Sinon la voie est ouverte pour l’instauration durable de la chienlit.