Chronique du lundi – Khalifa Sall : le silence des agneaux et l’indolence des corbeaux (Par Bounama Sow)

Khalifa Sall : le silence des agneaux et l’indolence des corbeaux (Par Bounama Sow)

De sa longue trajectoire politique, Ousmane Tanor Dieng n’a pas retenu grand chose des belles leçons de morale républicaine que nous a administrées dans le passé, Lionnel Jospin, plus précisément le 07 mai 2002 au siège du parti socialiste, rue Solferino-Paris. Il venait de perdre le second tour de la présidentielle qui l’opposait à Jacques Chirac. Devant des milliers de partisans, il déclarait : « j’assume l’entière responsabilité de cette défaite, j’en tire ce soir, toutes les conséquences en quittant la vie politique française ». D’autres de ses compatriotes feront les mêmes déclarations, après avoir subi les mêmes échecs. Il s agit de Ségolène Royal, Alain Juppé, François Fillon, Nicholas Sarkozy, Benoît Hamon, François Hollande etc.

Depuis le départ d’Abdou Diouf, Tanor a perdu près de 17 élections, présidentielles, législatives, municipales confondues et s’accroche toujours à la tête du Parti socialiste. Pour ses beaux yeux, Abdou Diouf s’était séparé de Collin, Niasse et Djibo Ka, prenant fait et cause pour lui dans des dualités qui l’opposaient à ces derniers. D’autres comme Mamadou Diop, Abdoulaye Mactar Diop, Souti Touré, Robert Sagna, Abdourahim Agne, déçus de son management du parti, ont préféré quitter le navire et créer leurs propres formations politiques. Avec la complicité de Wilane, Moussa Bocar Thiam, Serigne Mbaye Thiam, Aminata Mbengue Ndiaye, le jeune Mame Bounama Sall, il promet monts et merveilles à Macky Sall. Pour deux portefeuilles ministériels, ils complotent avec les détracteurs de l’emblématique et populaire Maire de Dakar; Khalifa Ababacar Sall, dont le seul tort est de décliner les ambitions présidentielles qu’il a pour 2019.

Encore, c est l’histoire qui bégaie et se répète. Après Senghor contre Mamadou Dia, Abdoulaye Wade contre Idrissa Seck, Macky Sall brandit cette redoutable arme fatale contre un adversaire politique. Lui-même en a été victime à travers sa convocation par le commissaire divisionnaire Ibrahima Diagne de la Sûreté Urbaine dans une affaire de blanchiment d’argent. À l’époque, seul Serigne Kosso Mbacké avait dénoncé cette cabale. Dans le cas Khalifa Sall, hormis Mansour Sy Djamil, personne de la classe religieuse en passant par la classe politique et les organisations de la société civile et de défense des droits de l’homme, n’a osé élevé la voix pour dénoncer ce cirque mal organisé. Il rappelle le silence qu’observaient les agneaux après l’abattage des mères femelles dans cet abattoir jouxtant la maison où a grandi Brigitte Bardot en France, cette fois-ci, loin d’être un acte isolé, ce silence est coupable et tous ceux qui l’observent dans ce pays sont tout aussi coupables.

Notre pays à besoin de profondes réformes surtout dans les coulisses de la justice pour éviter les dérives et autres forfaitures que nous vivons actuellement. Pourtant la question semblait être réglée avec les assises dont le Président de la République avait signé la charte à la veille de son élection en 2012, il ira plus loin avec la mise en place de la commission nationale de la réforme des institutions qu’il avait confiée à Amadou Matar Mbow.
Loin des changements climatiques politiques, les conclusions des travaux de cette commission sont toujours soigneusement rangées dans un tiroir. Elles doivent cependant être appliquées pour éviter que demain le futur président de la République n’utilise ce procédé malheureux pour se débarrasser d’un adversaire « encombrant » ou que surviennent des tensions extrêmes comme celles survenues en 2011 et qui ont failli basculer le Sénégal dans l’anarchie.

Bounama Sow Shasty – Analyste-Politique
Derklé