A 14 mois de la présidentielle : Macky Sall dos au mur (Par Mamadou Mouth BANE)

Dakarmidi – En Afrique, c’est la période pré-électorale qui détermine toujours l’issue d’une élection présidentielle. En général, les troubles à la veille du scrutin sont toujours favorables à l’Opposition mais le candidat au pouvoir passe facilement lorsque l’élection se déroule dans un climat apaisé. Les troubles politiques au sein du Ps entre 1998 et 2000, le projet du Ps de faire du président sortant «un président à vie» ont entraîné le départ de Diouf. Les émeutes entre le 23 Juin 2011, le 27 Juin 2011, la mort de Mamadou Diop, du policier Fodé Ndiaye et les troubles provoquées par le 3e mandat de Wade, ont provoqué sa chute.

C’est au Président Macky Sall de jouer maintenant lorsqu’il rendra au Peuple son pouvoir, pour que ce dernier lui renouvelle sa confiance ou le contraire. Il revient au président sortant de créer les conditions de la tenue d’une élection transparente, démocratique et apaisée. L’Opposition ne demande qu’une seule et unique chose : la nomination d’un Ministre chargé des élections. Alors que, lors d’une audience accordée à Manko Wattu Sénégal, le président Sall avait refusé de changer Abdoulaye Daouda Diallo. La nomination d’Aly Ngouille Ndiaye ne va guère calmer cette Opposition qui a déjà porté l’affaire devant les ambassadeurs Occidentaux. Les opposants ne vont jamais accepter l’organisation de la présidentielle par Aly Ngouille Ndiaye. L’entêtement du président Sall à vouloir confier l’organisation de l’élection à un membre de son parti sera le premier facteur de blocage et de tension politique au Sénégal. Et tout peut arriver !

L’Opposition garde des souvenirs désagréables avec l’ancien Ministre de l’Intérieur qui avait organisé le Référendum du Mars 2016 et les Législatives du 30 Juillet 2017. Les adversaires du pouvoir croient fermement que le scrutin législatif passé a été sciemment saboté par la coalition Benno surtout dans le département de Mbacké, à Touba plus précisément. Le processus électoral a été entaché d’irrégularités, de la révision des listes en passant par les inscriptions, les retraits des cartes, le vote jusqu’à la publication des résultats officiels. Aucun des engagements pris par le Directeur de l’Automatisation du Fichier (Daf) Ibrahima Diallo n’a été respecté. Plusieurs citoyens n’ont pas reçu leur carte d’identité surtout dans les zones souvent dominées par l’Opposition. Le Ministère de l’Intérieur avait refusé de remettre la carte électorale  à la disposition de l’Opposition lors du référendum. Omar Sarr du Pds et Sada Ndiaye l’ont confirmé plusieurs fois. Ce qui s’est passé à Touba devrait amener les autorités à reprendre le vote dans cette cité religieuse. Mais, cette possibilité a été écartée ce qui avait entraîné des pertes de voix pour le Pds. Par ailleurs, les ordonnances ont été produites à une quantité industrielle et dans la confusion avec les Forces de l’Ordre qui votaient le même jour que les civils. On parle de près de 28.000 ordonnances  ou plus conçues selon une source crédible. Il faut aussi signaler les bulletins de certaines coalitions imprimés avec un sabotage voulu des couleurs. Les opposants ont remarqué une volonté cachée du pouvoir de saboter le scrutin, empêcher son déroulement dans de bonnes conditions surtout dans certaines localités.

On se rappelle, l’ancien Ministre de l’Intérieur a été la première personne à donner les résultats du référendum avant même la Commission électorale et le Conseil constitutionnel. Après la publication des résultats officiels, un écart de plusieurs milliers de voix a été remarqué entre le chiffre donné par le Ministre de l’Intérieur et celui fourni par le Conseil Constitutionnel.  A ces manquements s’ajoutent les violations des libertés, les marches interdites, l’emprisonnement d’opposants, la traque sélective des biens mal acquis, la corruption, la mal gouvernance, l’implication de la famille du Président dans la gestion des affaires de l’Etat, l’absence de l’Opposition jamais invitée dans les événements nationaux : inaugurations, défilés 4 Avril, réception des Lions, visite d’un hôte etc… Dans ses déclarations, le président Macky Sall ne parle de son opposition qu’avec des menaces et des mises en garde.

De 2012 à 2017, plus de 40 opposants ont fait la prison dont la plupart des militants du Pds. Le leader de l’Opposition Me Abdoulaye Wade n’a jamais été reçu en audience au Palais  comme Macky Sall n’a cessé de le faire pour Abdou Diouf. Il n’existe aucun contact officiel entre le président Macky et les principaux opposants notamment Idrissa Seck, Abdoul Mbaye, Malick Gackou, Pape Diop, Karim Wade, Khalifa Sall etc… En plus la vacuité du contenu des débats politiques entre le pouvoir et l’Opposition creuse encore l’écart. L’ancien président Me Wade ne s’est pas gêné de qualifier son prédécesseur «d’esclave et d’actes d’anthropophage». Les jeunes de l’Apr ne se privent pas d’insulter sur les plateaux le Pape du Sopi s’ils ne tiennent pas des propos diffamatoires contre l’ancien premier Ministre Idrissa Seck ou Malick Gackou qu’ils ont traité d’homosexuel, sans aucune preuve. Le débat politique atterrit dans les caniveaux du fait de jeunes sans formations et d’adultes inconscients de leur mission. L’ensemble de ces facteurs a créé une rupture profonde entre le pouvoir et l’Opposition et une absence de confiance qui sapent les fondements d’un dialogue sincère. Lorsque le président Macky Sall qui appelle au dialogue, donne une procuration à son Ministre de l’Intérieur, cela constitue le premier facteur bloquant. Un dialogue autour d’une table avec le président Macky Sall, Me Abdoulaye Wade, Idrissa Seck, Pape Diop et les autres ténors de l’Opposition ne peut être dirigé par un Ministre. S’il s’agit d’un véritable dialogue l’initiative et la mise en œuvre doivent être portées par le président Macky Sall en personne. Aujourd’hui, la situation telle qu’elle se présente, est complexe et difficile à redresser. Et l’approche des élections rend encore le dialogue impossible. Qu’on ne se leurre pas ! Les partis de l’Opposition qui participent actuellement aux concertations ne peuvent pas représenter ou parler au nom de l’Opposition. Un dialogue sans le Pds, Rewmi, Khalifa Sall, le Grand Parti, Book Guis-Guis ne saurait être crédible parce que, ce sont les formations les plus représentatives de l’échiquier politique national. Et ils sont majoritaires à l’Assemblée. Ce semblant de dialogue avec cette Opposition minoritaire ne saurait engager les autres. Et le président Sall devrait se mettre à l’évidence avant qu’il ne soit tard. Mais aussi, la grande opposition doit faire des concessions pour se rapprocher de l’Exécutif qui a intérêt à satisfaire la demande par rapport à la personnalité neutre à qui confier l’organisation des élections. Après la classe politique trop capricieuse, ce sera autour des acteurs sociaux.

REVOLTE DES ENSEIGNANTS, DES MAGISTRATS ET DE LA JEUNESSE

Depuis 05 ans, les Syndicats d’enseignants exigent du Gouvernement le respect des Accords signés. Mais cela semble être une couleuvre à avaler pour les autorités qui ont du mal à respecter leurs engagements. Et la veille d’une élection est un moment de toutes les surenchères. Déjà, les préavis de grève sont brandis par les enseignants au niveau comme primaire comme secondaire. Les professeurs du Saes de l’Université de Dakar ont suspendu les cours pour exiger le paiement de leur salaire de Décembre.  Laisser les enseignants verser les enfants dans les rues c’est créer une situation de crise sociale. Les mouvements de grève des enseignants vont profiter à l’opposition qui n’hésiterait pas de récupérer ces troubles dans le milieu scolaire pour organiser des manifestations. En général, la veille d’un scrutin présidentiel est un moment de communion entre les partis politiques de l’Opposition et les syndicats d’enseignants. Ce sont des pratiques connues par les tenants du pouvoir actuel, qui doivent éviter une récupération des futurs mouvements de grève des enseignants. Et cela ne sera possible que lorsque le Gouvernement prend en charge, sans promesse en plus, les revendications des enseignants.

Depuis quelques semaines, les Etudiants de l’Université Assane SECK de Ziguinchor exigent de meilleures conditions de travail. A cela s’ajoute la revendication du Syndicat du Saes qui exige la lumière sur un détournement dans cette Université du Sud. Ce sont l’ensemble de ces frustrations qui seront à l’origine des troubles.

L’unique chose qui peut empêcher la jonction entre Opposition, syndicats d’enseignants et Mouvements Elèves et Etudiants c’est le respect des accords et la satisfaction des revendications. Autrement, le front social sera en ébullition avant la présidentielle de 2019. L’autre jonction possible c’est entre les militants de Khalifa Sall et ceux de Karim Wade dont les candidatures sont menacées.  Dans sa bataille judiciaire Khalifa Sall et ses conseillers essayent de traîner la procédure jusqu’au jour du dépôt des candidatures au Conseil Constitutionnel. Leur objectif c’est de permettre à Khalifa déposer sa candidature étant en prison. Pour cela, il faut tout faire pour que le procès ne soit pas vidé avant le dépôt des candidatures. Les militants de Karim qui doutent encore, devront attendre la décision finale du Conseil Constitutionnel qui doit décider de la validité de sa candidature. Le rejet de ces deux dossiers va rapprocher ces deux camps sur le front de lutte politique. Par ailleurs, il faut craindre des soutiens extérieurs en faveur de Khalifa et de Karim. En 2009 et 2012, la Russie avait soutenu des opposants et d’autres pays peuvent apporter leur soutien à l’actuelle Opposition sénégalaise. Le président de la Mauritanie le Général Aziz n’éprouverait aucun malaise à soutenir un opposant de Macky qui collaborait avec son ennemi Mustafa Chafi.  Les présidents Alpha Condé et Idriss Déby seraient en contact avec des opposants de Macky Sall, ainsi que des hommes d’affaires iraniens. Par ailleurs, une entreprise pétrolière en conflit avec l’Etat du Sénégal est en liaison direct avec un grand parti de l’Opposition. Des réunions ont été tenues et des engagements pris d’une part et d’autre.

La situation politico-sociale sera extrêmement tendue et les magistrats ont déjà donné le ton. Ils ont rendu public un communiqué, pour demander pour la première fois, le départ du Chef de l’Etat du Conseil Supérieur de la Magistrature (CMS). C’est une soif d’indépendance et de liberté face à l’Exécutif au pouvoir hypertrophiant. Cet appel des magistrats peut être qualifié de rébellion. Plus jamais rien ne sera comme avant. Et l’Exécutif risque de connaître des surprises s’il pense pouvoir passer par la justice pour imposer sa volonté. Les réformes exigées par les magistrats sont saluées par les toutes les personnes de bonne volonté et les autorités doivent aller dans le sens indiqué par les collègues de Téliko.  Il est important de dire que les magistrats n’ont pas bien apprécié la gestion de certains dossiers judiciaires à incidence politique par l’Exécutif. Par exemple, après le travail effectué dans l’affaire Karim Wade, s’en est suivi un deal politique orchestré sur le dos de la Justice sénégalaise. Il en est de même dans d’autres dossiers. Ce qui a créé un sentiment de révolte au sein de la magistrature.

Dans un autre registre, les centaines de jeunes sénégalais morts dans le désert ou vendus en Libye est un facteur déterminant dans la politique sociale du président Macky Sall. Ils viennent de la banlieue, du Sud du pays et du Centre laissant parents et proches pour fuir la misère dans leur terroir. La majeure partie de cette population jeune qui se rend en Europe via la Libye sont des déçus de la politique de Macky Sall. La promesse de 500.000 emplois par an n’a jamais été respectée. Et ils n’arrivent pas à trouver des activités alternatives pouvant les maintenir chez eux. Ce qui explique ces déplacements des populations jeunes vers d’autres terres. En 2019, comment le président Macky va-t-il calmer la colère de cette jeunesse ? Quel discours va-t-encore leur tenir pour les amener à voter pour sa réélection ? Pire encore, ce sont des jeunes que n’importe quelle force politique, religieuse ou criminelle peut enrôler.

DIVERGENCES AVEC LES RELIGIEUX

Depuis 2012, Macky Sall a perdu toutes les élections dans tous les bastions mourides : Touba, Darou Khoudoss, Porokhane, Mbacké etc…C’est parce qu’une partie de la communauté mouride vote Wade et le Pds surtout à Touba. Le président Wade profite de ce vote religieux comme Macky tire profit du vote ethnique des hal pular et des sérères du Sine. Le leader de l’Apr a tellement conscience de cet état de fait qu’il ne compte pas trop sur Touba. Raison pour laquelle, il ne s’est pas empressé à demander la réorganisation du scrutin dans cette Cité religieuse après des problèmes notés.  On se demande s’il allait avoir le même comportement si le vote était perturbé à Matam ou à Fatick, comme ce fut le cas à Touba. La perturbation du vote à Touba a affecté plus l’opposition (le Pds) que le pouvoir.  Donc les électeurs de la communauté sont globalement avec l’opposition. Dans l’ensemble des bastions mourides, le nombre d’électeurs profitable à l’Opposition pourrait atteindre 1.000.000. En 2019, ces électeurs  voudront se rattraper en allant voter massivement contre le candidat du pouvoir, qu’il accuse de leur avoir priver de vote lors des dernières législatives. Les mourides ne pardonneront jamais à Macky Sall le traitement réservé à Wade depuis 2012, l’emprisonnement de Béthio Thioune et de Serigne Assane Mbacké. Ils n’ont pas compris non plus les nominations de Latif Coulibaly qu’ils ont critiqué d’avoir qualifié Feu Serigne Saliou Mbacké de «sieur Saliou Mbacké» et de Souleymane Jules Diop qui seraient selon eux, «un anti mouride». Une autre communauté qui risque de voter contre Macky Sall en 2019 est celle des Ibadourahmane (la communauté salafiste). C’est l’emprisonnement de l’Imam Alioune Ndao qui est passé par là. Le Sénégal compte une population importante d’Ibadourahmane appelée aussi salafiste. Pour eux, l’arrestation de l’Imam Ndao est une attaque contre leur foi religieuse. Ils ne considèrent pas cet imam comme un terroriste et il voit à travers son arrestation un complot contre l’islam et contre leur communauté. L’image de l’Imam dans son box au tribunal de Dakar a fait le tour du monde et elle peut heurter des islamistes d’autres pays qui n’hésiteraient pas à réagir contre le régime de Macky en finançant des mouvements politiques dans le seul but de faire tomber son régime. En plus, depuis l’arrestation de l’Imam des cyber-campagnes sont organisées dans les réseaux sociaux contre le président Sall. Voter contre Macky est pour eux, un acte de jihad. Ils vont s’inscrire massivement sur les listes électorales pour voter contre le candidat de l’Apr. S’ils n’investissent pas leur propre candidat, ils soutiendront un adversaire du président sortant. Et les pays comme l’Arabie Saoudite et le Qatar n’hésiteraient pas à financer un candidat proche de cette communauté. Seulement, aucun leader de l’Opposition n’a apporté son soutien à l’Imam Ndao qui est pourtant un homme très influent dans cette communauté. Une consigne de l’Imam en faveur d’un candidat pourrait être très favorable.

En outre, le président Sall doit comprendre que les mentalités ont changé. Et ce changement est matérialisé par la mise à l’écart des Khalifes généraux dans la chose électorale. Les chefs religieux ne contrôlent plus le suffrage de leurs disciples devenus de plus en plus libres, indépendants et autonomes dans leur choix. C’est tellement vrai, qu’aucun Khalife général n’ose donner un ndigueul (une consigne) en faveur d’un candidat de peur d’être désavoué.

Enfin, il y a la communauté des Mouchtardchines qui a déjà réussi son teste lors des législatives passées. Les résultats qu’ils ont obtenus, a dopé le moral des troupes et les Mouchtarchidines semblent décider à la conquête de la magistrature suprême.

Certains hauts responsables de l’Apr à l’instar de Moustapha Cissé Lo qui dénonce la transhumance, ne comprennent pas l’état d’esprit du président Sall qui est en train d’œuvrer pour assurer sa réélection au premier tour. Après Sada Ndiaye, d’autres responsables du Pds et d’autres formations vont rejoindre Macky avant 2019. Il y travaille…

LES FAIBLESSES DE MACKY SALL

La première de ses faiblesses c’est que le président Macky Sall n’a pas de parti. L’Apr ne respecte aucun critère d’un parti organisé. Aucune structure ne fonctionne normalement. Les jeunes sont inexistants, le mouvement des femmes n’existe que de nom, les Cadres se sont avachis. Seul le Secrétariat national fonctionne au gré des rumeurs du président Sall. Sa coalition Benno Bokk Yakaar n’existe qu’à travers des communiqués de presse souvent mal rédigés. Le président de l’Apr n’est pas un homme de dialogue contrairement à ce que ses proches disent. En 5 ans de gouvernance, c’est une seule fois qu’il a reçu en audience son opposition. Ces relations ont été exécrables à cause des nombreuses procédures judiciaires contre des opposants, des chefs religieux et des personnalités indépendantes. Le régime de Macky Sall a mis en prison Hissein Habré, Karim Wade, Khalifa Sall, Tahibou Ndiaye, Aida Ndiongue, Omar Sarr député, Me Amadou Sall, Samuel Sarr, Toussain Manga, Mamadou Lamine Massaly, Amina Nguirane, Béthio Thioune, Serigne Assane Mbacké, Amina Sakho, Maimouna Bousso, Marie Aw, Bara Gaye, Bachir Diawara etc… Toutes ces arrestations ont installé le pays dans une situation de tension sociale inutile. Et jusqu’à présent, les sénégalais continuent de subir les conséquences du malaise né de ces nombreuses arrestations. Cela fait partie des erreurs du président Sall. Le leader de l’Apr confond faiblesse et souplesse. Il semble croit que seuls les faibles dialoguent. Or le dialogue c’est un instrument de la démocratique et seuls les grands hommes savent dialoguer avec leurs adversaires. Le président Sall manque de souplesse même dans son propre parti et dans ses relations avec les responsables de l’Apr. Ce tempérament du chef pourrait être à l’origine d’un blocage politique, dans la mesure où le président Sall est dans l’obligation de s’ouvrir et de dialoguer directement sans filtre, sans intermédiaire avec l’ensemble des acteurs. Ce dialogue par procuration ne pourra jamais lever les écueils dans les relations entre le pouvoir, l’opposition et entre le régime et les acteurs sociaux.

LA TRAQUE, UN PROJET ABANDONNE

Le premier mandat du président Sall a été celui de la reddition des comptes. Au départ 25 personnes ont été retenues par le procureur de la CREI pour rendre compte de leur gestion. Mais la déception a été grande lorsque, 05 ans après, les sénégalais ont remarqué que seul Karim Wade a été arrêté puis libéré dans des conditions qui n’honore pas la justice sénégalaise. Les magistrats n’entendent devenir le bras armé d’un pouvoir qui veut utiliser la justice pour des règlements de comptes politiques. Le président Sall était attendu par les populations sur la reddition des comptes. Après le lancement de ce projet, les sénégalais s’attendaient à une évaluation et un état des lieux des comptes. Mais rien de tout cela n’a été fait. Au contraire, la traque est devenue une foire où on planifie les carrières politiques des uns et des autres. Jusqu’à ce jour, aucun sénégalais ne peut dire avec certitude combien l’Etat du Sénégal a recouvré dans le cadre de cette traque et où ces fonds collectés ont été investis. Il ne faudrait pas que la traque soit un prétexte de mal gouvernance pour les tenants du pouvoir incapables de dire avec précision où sont passés les 245 milliards recouvrés. Le leader de l’Apr doit aussi comprendre qu’un bon bilan ne garantit pas forcément une réélection au premier tour. Wade l’a compris après sa chute malgré ses routes et échangeurs.

Au-delà, de ses militants, le président Macky Sall doit comprendre qu’il est devenu Chef de l’Etat par la grâce des sénégalais non militants de l’Apr. L’ensemble des électeurs de son parti et de sa coalition ne peuvent pas lui octroyer les voix suffisantes lui permettant de passer au premier tour. Ce sont les électeurs non militants qui départissent les candidats. Dans la mesure où les électeurs de l’ensemble des partis politiques (opposants comme pouvoir) ne font pas 10% des inscrits sur le fichier électoral. Les véritables électeurs qui font la différence ne militent dans aucune formation politique. Ce sont ces derniers que les candidats sortants oublient en général dans leurs calculs en se basant sur les militants qui sont inférieurs par rapport au reste des électeurs. Le président Sall a encore du temps pour satisfaire la demande sociale et répondre aux exigences des populations qui l’ont porté à la tête du pays. Mais cela passe d’abord par la stabilisation du climat politique et social du pays.
Mamadou Mouth BANE